Point de rencontre  

en cas de naufrage

Point-De-Rencontre



Aux voyageurs 


           


Amis voyageurs, bienvenue

Un monde étrange et mystérieux

Un pèlerinage mystique…

Je vais maintenant vous conter mon histoire.

Peut-être un jour me conterez-vous la vôtre.

 




LIVRE PREMIER


.

 



Bad trip

Deux mots et tout bascule

On passe de la réalité au rêve

Du rêve au cauchemar

On passe une frontière

La frontière qu’il y a entre la réalité et la fiction.

Une porte.

La porte qui ouvre sur la folie : 

Dans la Folie : d’un côté le bien, de l’autre le mal.

Deux portes : celle du ciel et celle de l’enfer.

Un lieu glauque qui pourrait porter le nom de la deuxième porte, comme si l’enfer était celui de Dante, c’est-à-dire un pays.

Un pays cauchemardesque où tous les démons sont réels, 

c’était les catacombes, ou peut-être que non, mais ça y ressemblait.

C’était immense, plein de couloirs sombres

Il y en a qui se sont perdus plusieurs heures.

On a dû arriver vers minuit ou minuit trente.

Je sniffe deux lignes de coke.

En deux heures je m’enfile trois excta. Je monte, je commence à être bien dans le bain et MikL se ramène avec des trips, des Ganesh. Je veux en prendre un tout petit bout mais c’est galère et finalement j’en mange un entier. Je veux simplement me défoncer pour rêver, pour raver. Raver pour rêver.

Je danse comme un fou. Je ne sens plus mon corps. Le son me contrôle complètement. Le DJ est trop fort. Il me fait monter. Plus il monte, plus je danse vite.

Il monte de plus en plus haut. Je danse de plus en plus vite.

Il contrôle chacun de mes gestes.

Je vais voir Vilas en haut des escaliers. Si je veux danser, je ferais mieux de descendre parce que je ne tiens pas très droit et je pourrais tomber. Je ne pense même plus au fait que j’ai pris des drogues. Je commence à stresser parce que j’ai soif à en crever et je ne trouve pas d’eau. Je suis en sueur. Mon tee-shirt est complètement trempé. Je stresse aussi parce que j’ai envie d’une clope et j’arrive pas à en trouver une.

Vilas : 

- « calme toi t’es en train de partir en bad trip ».

Je me sens bien et pour lui prouver, je me lève et me mets à danser.

La façon dont je danse a t-elle un sens ? Je me casse la gueule et je ne tiens pas très droit.

Je prends de moins en moins conscience des choses. Le sol bouge, c’est très difficile de ne pas tomber. Je veux redescendre pour danser. Je fait attention dans les escaliers, je m’accroche aux gens pour descendre.

Le son s’arrête quelques secondes : qu’est-ce qui se passe ? Le son reprend, la salle hurle. 

Nounours :

- « c’est celle-là ! »

De quoi il parle? Le disque qui passe doit être important.

Je me précipite vers les enceintes et je rentre en transe sur le son. Je suis à l’unisson avec lui. Je suis dans la musique. Elle me traverse. Chaque son prend tout son sens. J’ai l’impression que le DJ observe et contrôle le moindre de mes mouvements. Je n’ai toujours pas bu. Je m’arrête de danser mais je continue un peu à trembler. C’est reparti, je pense à l’eau et à une clope puis, plus je danse, plus le son me dit que c’est en dansant que je n’en aurai pas besoin. Le son me parle.

Je ferme les yeux et j’ai plein d’hallus indescriptibles je ne sais pas comment je réussi à tenir debout en dansant, j’entrouvre les yeux et je vois les autres teuffeurs. Ils ont l’air sympa mais plus lents, moins défoncés que moi. Finalement je m’arrête encore. Est-ce que le DJ sait ce qu’il fait? Car étant donné qu’il me contrôle par le son qu’il mixe, où est la limite? mon cœur ne risque t-il pas de lâcher? Comment je suis speed !

Le son me dit de continuer. Non ! Je veux de l’eau, je veux m’asseoir deux minutes. Mais le son m’hypnotise.

Je n’arrive pas à m’arrêter de danser. Un moment j’y arrive et au moment où je m’arrête, le DJ fait une grosse descente ; le son, le rythme ralenti. Mais je ne veux pas que ça descende, je veux pouvoir m’asseoir, boire, fumer, mais qu’il continue à jouer !

Je recommence à danser et le son remonte. Il ne joue que pour moi.

Tout ce que je pense je le dis à voix haute. Je parle avec le son.

Je danse et je n’ai plus aucun effort à fournir. Ce n’est plus moi qui danse, c’est le son qui dirige mes mouvements. Soudainement le son m’invite à le suivre :

- « Alors, tu viens ou quoi ? »

Une voix qui venait de nulle part, comme si elle passait par le son.

Tout change, en une seconde toute ma perception change, j’entends le son me parler. Il s’adresse à moi. Deux minutes auparavant je ne savais pas que c’était possible et la quasi-totalité de ceux qui sont là ne le savent pas non plus. Derrière cette teuf, il y a quelque chose de bien plus incroyable, grand, important, magique.

Je commence à être complètement flippé. Je réponds au son :

- « Ah non, moi je pars pas, non, non, c’est quoi ce délire, moi je ne viens pas… ».

Je suis privilégié par rapport aux autres. J’ai établi un rapport très différent avec le son. Les autres dansent comme sur du son normal, mais il s’adresse à moi (peut-être pas qu’à moi mais à une minorité?). Tout est différent. Il n’y a que le son et moi.

Les autres ne sont que des silhouettes qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe. Je parlais tout seul. Je m’adresse au son, à cette « force », cette « énergie ». Je monte voir Vilas en essayant de réfléchir à ce qui se passe ici. Je lui dis qu’ils existent, que les aliens existent, qu’ils sont là, qu’ils m’ont proposé de venir avec eux… elle ne me croit pas et elle pense que je dis ça parce que j’ai pris un trip et je lui dit que oui, je les vois parce que j’ai pris un trip mais ils existent vraiment, j’en étais alors persuadé. C’est à cause du trip que je peux les voir, des trips spéciaux pour la soirée. Les teufs des Corrosives sont spéciales, certaines personnes ont la possibilité de faire un voyage et la teuf est une façade qui cache autre chose et que seule une minorité est au courant. Ceux qui avaient déjà fait le voyage (en étaient-ils revenus ?) et ceux qui s’apprêtaient à le faire.

Je m’assois, je tire sur une clope mais je ne sens rien, je me rince la bouche avec de la bière et le son ne monte plus maintenant que je ne danse plus et là je pète les plombs. Je veux redescendre les escaliers. A peine arrivé à la moitié, je saute sur la foule et je m’explose par terre.

Le son m’attire et je ne suis plus maître de décider. Je ne peux pas m’empêcher de danser. Je m’énerve contre le son, contre les aliens. Ce sont eux qui m’empêchent d’être maître de moi. Ils veulent m’emmener dans un autre monde. Vu d’ici, il a l’air génial cet autre monde, mais étant donné que j’ai l’impression de ne pas avoir le choix de partir (par l’intermédiaire du son, en dansant), je me dis que c’est peut-être un piège et alors j’hésite. L’inconnu m’effraie et m’attire.

J’ai l’impression d’être possédé par une force. Je vais voir Vilas, tout flippé. Je lui dis qu’il faut qu’on se casse vite, très vite. Il faut qu’on court ou on va crever. Vilas, je ne sais plus qui elle est. J’oublie tout. Quand je me souviens de quelque chose, je me le répète à toute vitesse. Je lui dis :

- « Dis-moi Vilas, dis le, dis Vilas ! »

Elle me dit Vilas, c’est moi, tu sais le lycée, la terminale. 

Moi :

- « Ah ouais le bahut » 

Mais ça repart aussi vite que c’est venu. Maintenant le son c’est le mal

et je répète à haute voix des dizaines de fois :

- « le bien et le mal existent sur la terre ».

Inconsciemment je réalise que la vie est un combat et non pas un jeu. J’ai perdu Vilas et je cherche désespérément la sortie en courant dans tous les sens.

Tous ceux qui sont là veulent m’empêcher de sortir ont été hypnotisés par les aliens et veulent m’emmener avec eux. Ils ne veulent pas que je dise au monde qu’ils existent. Je parle au son et à tous ceux qui sont là, mais je ne les vois pas, je ne fais qu’apercevoir leurs silhouettes. Ils sont terrifiants. Ils me tendent toutes sortes de pièges pour me calmer mais je suis déterminé. Je sortirai d’ici. Qu’ils me fichent la paix…

Marie ! Il faut que je trouve Marie. Il ne faut pas qu’elle parte avec eux. Je hurle :

- « Marie ! Marie ! »

Je comprends qu’ils veulent m’empêcher de sortir : là où il y a le plus de monde se trouve la sortie parce qu’ils la bloquent. Je fonce dans le tas en donnant des coups dans tous les sens. N’ayant pas trouvé Marie, je me mets à gueuler :

- « Qi-lé ! Qi-lé ! »

Je ne la trouve pas, pourvu qu’elle ne parte pas avec eux. De toute façon je ne peux reconnaître personne. Et j’ai l’impression qu’on me frappe, que l’on me roue de coups, je suis en train de souffrir le martyr.

Mais dans ma tête, si je ne veux pas mourir, il faut que je souffre. Ils représentent le mal et je veux aller vers le bien… Je pense à Jésus, à Moise. Je me demande qui je suis, quel intérêt, moi, Matthieu, j’ai dans tout ça. Juste essayer de survivre en souffrant pour être du côté du bien. Parce que vivre c’est souffrir. Je hurlais de toutes mes forces en courant partout. Et puis noir total.

Cette nuit-là, j’ai vécu un cauchemar.

Je ne me demandais pas si ce que je vivais était réel ou non. Tout est réel pour celui qui rêve.

Mais voilà, la rave se finit, le cauchemar continue.

 

 

 

 

 



LIVRE DEUXIÈME


XX avril 1997

 

Free party des Technokrates

 

Avec Mikl, Nounours and co... Je rencontre Marie, Pauline et Yousseff à la gare. 

L’endroit est génial : une clairière en pleine forêt. Peu de temps après être arrivé, je paume tout le monde.

Je prends deux exctas (qui étaient très coupés aux amphés). Je me retrouve seul, OK, pas grave, c’est cool quand même. J’essaie de danser, mais je n’avais pas la super pêche. Faute de danser, je m’assois sous la tente où jouait le DJ. Quelques minutes plus tard, je rentre dans un délire, le son me parle à nouveau. Les quelques personnes qui sont sous la tente “ savent ” parce que je pense qu’elles sont dans le même délire que moi. Le DJ me tourne le dos, mais il joue en fonction de mes pensées, il me répond, il me guide dans le cheminement de ma pensée.

La tente est ouverte sur tout le tour, il y a juste une toile en guise de toit et un filet militaire entre le DJ et les danseurs. Je réalise que les quelques personnes qui sont sous la tente sont désormais disposées en arc de cercle autour de celle-ci. J’hésite, je ne sais pas si je dois faire quelques pas à l’extérieur de la tente et m’enfuir ou rester où je suis. J’entends, en pensée, ceux qui sont à l’extérieur “ non, non, il faut que tu restes à l’intérieur pour continuer à jouer ”. Je ne sais pas précisément qui a dit ça, Simplement je sens la pensée de certaines personnes qui s’adresse à moi. Je mets un pied à l’extérieur de la tente, juste pour voir, et le son se met à gronder. Je fais tout de suite un petit saut pour me retrouver à l’intérieur. J’entends quelqu’un : « il hésite vachement » . Je veux ressortir et je me rends compte qu’autour de la ente il n’y a plus que des mecs à l’air agressif. Disons que « l’air » des teuffeurs dépend de l’état d’esprit dans lequel on est pendant un délire. Comme je suis paniqué, ils me paraissent agressifs. 

Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont : nous les voyons telles que nous sommes.

J’abandonne alors l’idée de m’enfuir parce que ces teuffeurs ont le même genre de tête que ceux de mon bad trip au Corrosive. C’est alors une succession d’angoisses qui me saisit. Je suis sensé « résister », où plutôt surmonter ces angoisses en restant à l’intérieur de la tente pour preuve. Je dois avoir une tête d’extasié, l’hésitation apparaît sûrement sur mon visage mais je reste calme et l’angoisse, créée par un mélange de choix à faire et de révélations, atteint un point culminant où je suis tétanisé pour que soudain tout s’effondre et redevienne normal. Le son fait une grosse descente, et là je ne peux m’empêcher de pousser un gros soupir de soulagement « c’est tout ? Oh la vache, tout ça pour ça  !». Je peux sortir de la tente ou bien continuer à jouer pour aller plus loin dans l’initiation. « Non ça va, je vais sortir, mais bon c’était pas si terrible après tout, en fait si c’était terrible mais le résultat n’est... rien ». Je me rends compte qu’il n’y a pas de changement.

 

Finalement je m’assois sur un flight case et une fille vient agiter ses fesses en dansant juste devant mes yeux. Elle a été envoyée pour moi, elle est là pour que je me jette à l’eau et que je surmonte d’autres peurs inconscientes ; j’aurai surmonté ces peurs une fois que je l’aurai embrassée. Tout ce délire j’y croyais vraiment à ce moment là, c’était la réalité... Tout d’un coup je me dis « et si c’était un délire que je me fais et qu’elle n’a rien à voir là dedans, j’aurais vraiment pas l’air con si je l’embrassais comme ça directement et que je me prenais une baffe ».  Et bien sûr cette réflexion même fait partie du délire car c’était ça la peur à surmonter !

En fait, je reste scotché sur ma caisse à mater ses fesses jusqu’à ce qu’elle parte et à ce moment-là, le son s’emballe, il faut que je fasse quelque chose ; je fais un bond et je me précipite vers elle :

- « Excuse-moi, t’aurais pas une cigarette ? »

Le son gronde. Je n’ai pas le droit de fumer.

- « Salut, je m’appelle Matthieu, je suis complètement perdu. Je peux m’asseoir avec toi ? Comment tu t’appelles ? » 

En effet, j’étais perdu, je ne comprenais pas bien ce qui était en jeu. J’étais parano et j’avais l’impression que tous les teuffeurs « initiés » attendaient quelque chose de moi. Je ne savais plus quoi penser. La réalité m’échappait. Je me perdais moi-même car je n’avais plus de repères.

- « Deva » 

Elle est belle et je lui demande ce qu’elle fait dans la vie : 

- « Je vis au jour le jour » 

Je tchache un peu avec elle et à chaque fois que je pense à une cigarette, mon regard se pose sur toutes les cigarettes qu’il y a autour de moi. Mais c’est comme si elles n’existaient pas l’instant d’avant, comme si c’était juste pour me narguer. Dès que j’y pense, je vois tout le monde tirer sur sa clope, la chérir, en taxer une...

A chaque fois que je dois faire un choix et que je ne fais rien parce ce que je ne sais pas quoi faire, le son s’emballe et c’est comme si je me rapprochais de la folie, comme s’il fallait que je me décide et vite sinon... à un moment ou à un autre, ça péterait dans ma tête.

Avec Deva, il y avait trois ou quatre copains, et comme par hasard il y en a un qui me dit:

« Moi je suis fou, je sors de l’hôpital psychiatrique » 

C’est ce qui va m’arriver si je n’arrive pas à faire mes choix, à prendre des décisions tout seul.

Il y a de moins en moins de monde dans la clairière, il est huit ou neuf heures du matin. Je pose des questions aux autres en pensée, et ils me répondent par des signes de la tête : oui, non ou bof. Evidemment, tout le monde suit le rythme avec sa tête et je m’aperçois que c’est moi qui fais le son, je peux monter, descendre, etc. Bien sûr, il est - je suppose - formellement interdit de dire ce genre de choses à voix haute car on est, on est ... té ... télé... télépathe !

Au moment où j’ai compris ça, tout le monde guette ma réaction :

« C’est de la balle... mince, c’est mortel ».

J’entends: « il est bon ». Tout le monde est rassuré, moi aussi, et quand je pars vers dix heures, le son, à moins que ce ne soit moi, dit « good bye » et tout le monde me fait de grands sourires ; j’avais découvert qu’on était télépathe avec du son.

 

Je désirais désormais participer à la révolte de la jeunesse technoïde qui s’exprime dans les free parties et les teknivals. S’exprimer par la musique et la technologie comme un mode de vie.

Faire « un putain de bruit ». Un bruit qui fait danser.













LIVRE TROISIÈME




XX avril 1997

 

Teknival qui commençait en fait le 1er mai à minuit une. En fait, c’est en 1995 qu’on a commencé à donner le nom de free party à ces fêtes techno. Seulement le mouvement n’a pas débuté en France. Il avait commencé depuis plusieurs années en Angleterre qui sont les pionniers des free et des Teknival. Comment ont-ils débarqués en France ? Tout simplement parce que leur gouvernement les a expulsés d’Angleterre, squatt par squatt. Ce gouvernement les traquait sans cesse.

Du coup les « spiral tribe » ont débarqué en France.

Ajouter à cela le look militaire de la plupart des teuffeurs : treillis, baskets ou chaussures de trecking, crânes rasés pour les purs et durs. Parodie ? Plutôt une reconstitution. Comme si c’était la guerre. Et comme si la guerre était un jeu. Certains sont habillés en véritable guerrier ! Non on ne les croise pas dans les rues, on peut en croiser des « modérés » mais les purs et durs sont difficiles à dénicher hors des tecknivals.

 

Je vis mon premier Teknival.

Certains sont encore en train d’installer leur son. C’est une propriété privée : des plaines, des collines, des bois et un lac. On installe notre camp à côté des “Diaboliques”. Les sound systems ont des noms obscurs : PSY4X, Spiral, Corrosive, UFO ...

Je mange un trip et demi par petit bout, des Twins (jumeaux) artisanaux qui viennent d’être fabriqué quelques heures avant. Le buvard est encore humide.

On se promène parmi les sons Fabrice et moi. Je suis complètement tripé. Je suis tripé. Je le dis à voix haute, ça me fait marrer de l’entendre. Pas le fait d’être tripé, mais les sons des “P” et des ”T”. Je suis complètement tripé. 1P1T1T1P.

Il y a un tas de lumières partout, des sons partout. On est des petits bonhommes qui marchons, courons, gambadons dans tous les sens. Je suis dans un trip, pas dans mon trip, dans un trip, c’est génial. Je paume Fabrice. Merde, je suis tripé et ça y est je suis paumé. La grosse montée commence. Je suis attiré par un son et je danse comme un malade sans m’en rendre compte du tout jusqu’à ce que je bouscule fortement quelqu’un ce qui me fait légèrement reprendre conscience. Je suis désolé, je ne comprends rien, je suis tripé. Ca va, y’a pas de problème, l’incident est clos.

Pour ne pas avoir à penser, je saute partout en gueulant « c’est la teuf, Teknival, on fait la teuf ! C’est Teknival, it’s Teknival ! » 

Quand j’ai réalisé que j’étais en train de gueuler, j’étais en train de me rouler par terre...

 Je vois les « pirates », les défoncés de la vie, ils sont menaçants.

Encore un choix existentiel à faire. Bien sûr tout ce temps là j’étais soi-disant télépathe.

Le secret de l’univers est devant mes yeux. J’essaie désespérément de réfléchir. Je deviens fou et je parle à voix haute : « Je deviens fou, merde, je deviens fou, je deviens complètement fou ».

Je dois dire oui ou non, oui je veux savoir le secret du monde ou, plutôt non, je ne veux pas savoir parce que je veux vivre et si je sais ma vie sera complètement différente. Ca ne sera plus une vie parce que je saurai. Et comment avoir une vie normale quand on sait le secret de l’univers ?

Je me demande si tous les teuffeurs qui sont là ont eu à faire ce choix. Oui tous. Merde dans quoi je suis tombé encore, je peux pas m’enfuir, on est au milieu de nulle part. je n’arrive pas à réfléchir.

Je deviens fou ! Qu’est ce que je dois faire ? Mais est-ce que tout le monde sur terre a eu à faire ce choix à un moment de sa vie ? Oui !? Merde ! C’est horrible, c’est infernal.

 En fait le secret du monde que j’ai découvert c’est ça, c’est qu’on a le choix entre savoir ou pas . Les « pirates » eux savent. Dire oui c’est devenir comme eux, devenir un pirate. C’est prendre un risque énorme que de dire oui. C’est peut être par l’intermédiaire de l’acide que se révélait à nous ce choix à faire. Mais en fait non c’est parce que je suis en enfer, c’est l’enfer qui contrôle tout ça.

J’en ai marre! Je veux que tout cela cesse. Je vois tout le monde marcher en cadence parmi les sons et moi au milieu complètement paumé. Qu’est ce que je veux ? Je veux retrouver le camp et les autres et dormir, je veux être tranquille, je veux penser ! Non même pas, je veux juste dormir... Mais qu’est ce que je raconte, moi, je suis en train de vivre le secret de l’univers et la seule chose dont j’ai envie c’est de dormir... Je ne comprends plus rien, je veux être dans la cadence avec vous, aidez-moi, je ne veux pas devenir fou.

Cette fois je ne risque pas de mourir, je risque de devenir fou pour de bon.

Avec tout ce que j’ai découvert, si je ne dis pas oui, « ils » n’auront plus le choix, je deviendrai fou. Ils ne peuvent pas me laisser repartir tranquillement de l’enfer avec tout ce que je sais désormais à moins que je ne devienne fou, mais je ne veux pas devenir fou ! Mais oui je sais, faut pas que je me prenne la tête!  « Mais pourquoi je me prends la tête ? Mais pourquoi je me prends la tête ? Mais je suis con, pourquoi je me prends la tête ?»

La solution, le chemin est en moi, il faut que je me laisse aller, faire la teuf et tout ira bien.

Evidemment, tout le monde sait que je suis en train de devenir fou ; « ils » aimeraient bien m’aider mais « ils » n’en n’ont pas les moyens. Je suis le seul à pouvoir me sortir de là.

Il y a des courts moments où c’est génial, je suis presque de l’autre côté, on est tous plus ou moins pareil, on est télépathe, on est tous là pour faire la teuf. Je me dis que le fait d’être télépathe est un plus mais ne doit pas être considéré comme spécial, on est télépathe... et alors c’est de la balle et puis voilà.

Je retombe en bad trip. Merde pourquoi je n’arrive pas à me stabiliser de l’autre côté. Je veux être de ce côté mais je n’arrive pas à y rester. (« Merde il est tombé... Dès qu’il revient faut essayer de l’aider à rester, il va y arriver... Mais non il y arrivera pas, tu vois bien il n’arrête pas de retomber...»).

Quand je suis du côté agréable, le côté télépathe, on est en communion avec les aliens, on communique, ils sont parmi nous, on se confond tous ensemble, on est réunis pour faire la teuf et c’est génial, puis je retombe et c’est des visages pas beaux que je vois, des paumés  ou des méchants à l’air agressif.

Je suis paumé ; pendant quelques minutes j’ai envie de pleurer mais je me retiens et ça passe. Mais je n’y arrive pas, aller, aidez-moi bordel je deviens complètement fou, je ne veux pas devenir fou! (Allez, tu peux y arriver... Il est foutu... Vas-y, tu peux le faire... Regarde, il y en a un qui devient fou...)

Ce n’est pas très facile pour les autres teuffeurs non plus, ils ne comprennent pas tout mais ils ont réussi à entrer dans la cadence. S’ils l’ont fait, je peux le faire aussi.

Qui contrôle tout ça ? Qui ? Les pirates ?

Non, il ne faut pas que je pense ou je deviens encore plus fou. Essayer de ne pas trop penser ? C’est ça ? Mais je n’arrive pas à m’empêcher de devenir fou.

Il faut que je me laisse aller, ça y est j’y arrive, ça y est c’est parti, Il faut simplement que je laisse le son me pénétrer, guider mon corps, et ça va tout seul.

Ouf, même si je m’arrête là, j’ai remonté un peu la pente, ça me laisse un peu de sursis avant de redescendre ; plus je monte les escaliers, plus c’est simple.

Je suis attiré par un son, c’est le même que tout à l’heure mais j’ai bougé tout autour pendant tout ce temps. Je re-danse comme un malade, se laisser aller sinon c’est infernal, c’est comme tout à l’heure, c’est le cauchemar,  Pour m’aider je gueule « ouais... on fait la teuf, c’est Teknival (aller on va y arriver, faut qu’on s’accroche, on va passer de l’autre côté, du côté du bon trip). J’ai peur de ne pas y arriver, je gueule, je saute partout, ouais, c’est la teuf...»

Je rouvre les yeux, je suis allongé dans les buissons en train de me marrer comme un taré. Il faut que je me remette à danser vite. Je suis complètement emmêlé dans le filet du DJ, le même que tout à l’heure :

- « Eh oh, tu peux pas faire un peu gaffe » !

Merde qu’est ce qui s’est passé ?

- « pardon, je suis perdu, je suis un voyageur ».

Mince, qu’est ce qui m’arrive, qu’est ce qui se passe, je m’en vais je ne traîne pas ici.

Puis j’atterris devant un feu avec des teuffeurs qui ont l’air sympa, alors sans hésiter je m’assois :

- « Oh ! C’est tranquille ic i».

Je ne suis pas juste à côté du son, c’est de la jungle, c’est plus tranquille, ça repose.

On est un groupe de cinq ou six. Alors eux aussi se sont retrouvés là, au milieu des bois. On est dans le même état, c’est pour ça qu’on se retrouve ensemble.

On est un peu à l’écart des “actions”, mais au moins on est tranquille. Pourvu que ça dure.

Qu’est ce qui va se passer après ? On sait tous plus ou moins ce qui se passe ici et on est un peu perdu mais on est là, simplement on est là sans autre intention qu’être là.

- “Comment tu t’appelles ? »

- « Matthieu ».

- « Elle c’est Sarah, là c’est ? et ? »

Ils connaissent leur prénom, ils me le répètent quatre ou cinq fois mais je n’arrive pas à les retenir sauf Sarah alors je m’accroche à celui-là. Comment ils font pour se rappeler de tous les prénoms?

- « T’as pas du scotch Matthieu? »

- « Non »

Pourquoi il me demande du scotch, il parle pour dire quelque chose, il s’en fout de son scotch, il est paumé alors il se rattache à du scotch, je me marre du scotch pour se rattacher à quelque chose! Un autre se marre, il a compris aussi (mais en fait non pas du tout).

- « T’habites où ?» 

Comment ça où j’habite, on a le droit de poser des questions comme ça ? Mais où j’habite au fait, j’habite nulle part, j’suis là c’est tout.

- « J’sais pas...»

Le feu virevolte, il s’emballe, mais rétrécit.  Merde ! Ca veut dire quoi ? Il y a de la tension dans l’air. C’est moi qui badtrip ou quoi ? Qu’est ce qui se passe ? Je dis à un des mecs :

- « Stress pas, je stress pas, cool, c’est cool ».

Il me répond :

- « Je stress pas, ça va...?! » (ouais c’est ça). 

C’est encore la nuit, après tout ce qui vient de se passer il fait encore nuit, c’est pas possible, ce n’est pas normal. Il ne va pas faire nuit pour l’éternité quand même. De toute façon je m’en fous, je suis là c’est tout. Il ne faut surtout pas que le feu s’éteigne...

 

Je me disais que peut-être, si je me démerdais bien j’arriverais à faire en sorte, ou plutôt ils arriveraient à faire en sorte, qu’au lieu de devenir fou je prenne ça comme un trip et alors je serais sauvé. Je n’y croirais plus, je penserais - sans savoir - que c’est un trip et pas la réalité. Petit à petit c’est devenu un trip. Je me suis aperçu que le groupe dans lequel j’avais atterris se connaissaient, ils habitent à Paris, il y en a un qui est à la fac... le réel quoi ! ouf. Ouf ?


J’ai tripé jusqu’au vendredi soir où j’ai enfin réussi à dormir.

Vendredi on était cinq mille ; samedi, on était dix mille !!!

Il s’est passé tellement de choses dans ma tête ; mis à part ce que j’ai oublié ; même si je voulais écrire tout ce dont je me souviens je n’y arriverais pas.

Pendant ce trip j’ai entendu: « Le Ciel et l’Enfer existent sur la terre, tu peux choisir...» 

En fait, je pense que le secret de l’univers qu’il y avait à découvrir c’est mon secret, c’est ce que je dois découvrir sur moi.  


 

 

 

 

 

 


LIVRE QUATRIÈME





21 juin 1997 : Teuf des PSY4X et autres invités.

 

La teuf se passe dans un squat près de Paris. J’étais avec Fabrice et d'autres puis une fois sur place je rencontre Marie, Pauline etc.

Je prends un excta, léger. Ca monte. Je vais aller danser un peu. Je me mets dans un coin du hangar, il y avait plein de monde ;  il devait être environ une heure du mat.

Je ferme les yeux. Quand je les ai rouverts, c'était parce que quelqu'un me secouait en me disant de faire attention parce que je bousculais tout le monde. Il fait jour, il n'y a plus que quelques pèlerins en train de danser dans le hangar, il est dix heures du matin. J'ai dansé toute la nuit, endormi. J’étais en transe. Je ne me souviens pratiquement de rien. Quand j'ai ouvert les yeux, ça ma paru incroyable. Je me suis réveillé quasiment en pleine forme. Je sentais encore la musique traverser mon corps, le faire bouger. C'était le son qui faisait bouger mon corps. Je sentais le son à l'intérieur de mon corps. J’avais l'impression de ressentir à la fois du plaisir et de la douleur dans mon corps et je me souviens avoir pensé que c'était peut-être ça l'harmonie.

J’avais découvert un chemin, je le sentais sous mes pieds avec des pierres et des cailloux. Finalement j'ai compris que la Fête de la Musique s'arrêterait quand je partirai. 

J'avais l’impression d'être la musique elle-même.



XX juin 1997

 

Soirées des Furious et des Network 23.

Je comprends qu'ils utilisent l'hypnose ; je me sens complètement hypnotisé et j'essaye de résister. J'entends alors des voix qui me disent de ne pas résister ; je prends un peu peur et je m'éloigne du son pour retourner à la camionnette ; on se réunit dans la camionnette avec Tony et Amélie : c'est eux qui nous avaient amenés de Paris alors qu'on avait raté le dernier train avec Fabrice qui se ramène avec des exctas. On s’en mange deux ou trois chacun. Moi j’aurais préféré du speed mais bon, pas de sous.

Au moment de partir, je me dis que je vais retrouver mon amoureuse ; j'entends alors  « L'Amour a encore gagné », puis on se retrouve tous dans la camionnette et j'entends Fabrice qui me dit en pensée :

- « Matthieu, sur la vie de ma mère, je t’entends »

et je lui réponds toujours en pensée :

- « moi aussi ».  

J'étais un peu flippé et on est rentré tout hagard. On prenait la vie comme elle venait, lui apparemment ne se posait pas beaucoup de questions, moi si !

 

XX juillet 1997

 

Toute la semaine d'avant, j'avais passé le bac et le fait que j'avais encore Arts Plastiques à passer le lundi ne m'a pas empêché  d'aller en teuf le week-end. C’était la première fois que je retournais à une teuf des Corrosives depuis mon bad trip en décembre 1996.

Je me demandais si ce n'était pas ça être fou ou scotché, vouloir retourner à une teuf où on a vécu l'enfer...

Je vais à la teuf avec Sylvain, Joachim et d'autres potes à lui. Quand on arrive à la teuf sur un plateau en haut d'une colline, j'ai l'impression de me retrouver dans un trip. Je trouve ça bizarre et je me sens mal à l'aise. Je n’avais rien pris. Sylvain me dit qu'il cherche des trips et ça m'énerve, je lui dis de demander à n'importe qui parce qu'il doit y en avoir un peu partout. Finalement je prends un mec au hasard et je lui demande s'il n'a pas des trips. Il me dit de le suivre et je lui dis que ce n'est pas pour moi et je laisse Sylvain avec le mec, inquiet pour lui, sachant ce que je sais. Je me tourne vers le son et j'entends: 

- « T'en veux ? » 

et je réponds que, vu ce qui s'est passé la dernière fois, non merci. J'entends un gros : « Ohhhh...» de déception. Je continue à danser bizarrement, toujours sur mes gardes. Je rencontre Marie et Pauline et je leur demande si elles n'ont pas un quart de trip pour moi. Négatif. Ils passent un skeud dont je n'ai retenu que ça : « ...sorry, but the subject has to much conciousness to...».  Plus tard,  j'ai su que tout le monde cherchait des trips mais qu'il n'y en avait pas. En partant, j’ai demandé à une fille le chemin pour aller à la gare et elle m’a répondu que, de toute façon, tous les chemins mènent à Rome. Mais moi, je ne voulais pas aller à Rome, je voulais aller à la gare. Alors, je suis parti.

 

XX août 1997

 

Teuf des UFO au squart du KS. Je danse et j’entends :

- « Tout cela n’est qu’un jeu »

Je me mets alors à crier en levant les bras (victoire, ouf !) Et pendant que je crie, une force me saisit et m’hypnotise, je n’arrivais pas - pendant quelques minutes - à arrêter de crier.

C’est vers cette période-là, après avoir entendu au Teknival « Le ciel et l’enfer existent sur la terre » et au Network 23 « L’amour a encore gagné », que je me mets à penser que c’est un combat, en fait un jeu entre l’amour et Teknival (?). Puis influencé par tout cela et par mes lectures et tant d’autres choses encore, je décide que l’amour c’est l’enfer, que c’est une illusion. Je pensais que l’on était prisonnier de l’amour et je commençais alors à réfréner mes sentiments.

Je devenais un guerrier...

Nous y voilà. La guerre devenait un jeu dans le jeu des Teknivals. Les sons très brutaux, comme le hardcore, font penser à des explosions, des tirs d’armes lourdes. Les sons aigus font eux penser à des missiles, comme si les sons s’affrontaient.

 

Bien sûr, le plus souvent possible, et même la plupart du temps, il y a de la prévention dans les free et les teknivals.

Médecins du monde et Technoplus sont les principaux acteurs de la prévention ; plein de tracts de prévention disponibles sur n’importe quelle étagère expliquant les risques, etc., le « testing » que de plus en plus de teuffeurs pratiquent pour savoir si leur extasie est bon ou pas.

D’abord l’extasie ce n’est jamais bon. En plus ce test appelé le test du marquis ne pouvait qu’indiquer s’il y avait des amphétamines ou des molécules comme le MDMA ; l’extasie. Ca restait toutefois très approximatif. Mais voilà ce test n’est désormais absolument plus fiable du tout. Certaines molécules peuvent faire croire au test ce qu’elles ne sont pas.

 

 

 

 

 



LIVRE CINQUIÈME

 






Fin août 1997

 

Teknival entre Béziers et Narbonne, à Gruissan.

J’hésite à y aller puis finalement, sans prévenir personne, je prends le train sans billet, un dimanche soir.

Je joue à cache-cache avec le contrôleur jusqu’à Béziers. Après avoir fait du stop, j’arrive au Teknival sur la plage, beaucoup moins grand que celui de mai (Courcelles-sur-Seine).

Il doit faire au moins 35 degrés. Pour moi, l’Amour c’était l’enfer et j’étais venu pour rester, faire partie des teknivals, devenir un traveller. Je vois un cul de jatte qui passe et j’entends « aies pitié, aies pitié ! ». J’hésite puis je pense « c’est sûr que pour danser, c’est chiant ». Aujourd’hui, j’ai honte de cette remarque.

Un peu plus tard j’entends que la mer c’est l’Amour. Je décide alors de m’en écarter alors que j’avais une sacrée envie de piquer une tête. Je voyais tout le monde se dorer au soleil et se baigner « après tu pourras, mais là, c’est l’Amour ». Je ne le devinais pas encore, mais quelque chose devait se passer.

C’est une atmosphère étrange qui règne dans ce teknival. Tout pour être mal à l’aise.

Plus tard, sur la plage, je vois une fille arriver au loin et mon regard se fixe sur elle et pas sur une autre. Mon coeur bondit et une sorte de chimie a commencé à se faire dans mon cerveau vers la droite : j’étais tout à coup en train de tomber amoureux, c’était le coup de foudre. Elle se tenait à quelques dizaines de mètres, je ne saurai la décrire et je ne sais même pas si je la reconnaîtrais. Tout s’est passé en quelques secondes et, repoussant toutes mes émotions étant donné le jugement que je portais sur l’Amour, j’ai pris cela comme un piège ; je tourne alors la tête et je m’en vais plus loin.

Je m’installe à un son, et je me dis que peut-être, dans quelque temps, je serai avec eux. J’ai l’impression que tout le teknival entend les réflexions que je me fais, mes pensées. On me propose des étoiles noires, je refuse ( j’étais parti avec quinze francs en poche ) et après un café et une bière au teknival, j’étais complètement fauché.

Je n’arrête pas de danser à deux ou trois sons et un mec vient me voir et m’offre une bouteille d’eau, je me demande s’il y a quelque chose dedans et finalement je la bois.

A partir de la nuit, ça a commencé à se gâter. Je ne sais pas si on avait mis des trips dans l’eau où si c’était le son qui me mettait dans cet état, mais j’étais comme tripé. Je ne pouvais pas pisser et à force de boire un peu d’eau, j’ai gerbé.

C’était la pleine lune, grosse, immense, presque posée sur la plage.

Je me dis que la télépathie passe d’une certaine manière par le son. C’est comme si on branchait son cerveau sur le son qui nous hypnotise et que les pensées passent à travers le son.

Pendant la nuit, je rentre dans une sorte de transe hypnotique où je parle avec, ou, à travers le son, avec le DJ peut être. Tout se passe en pensée.

Je fais questions-réponses. Et ils peuvent anticiper mes questions et me répondre avant que je n’aie fini de (me) poser la question.

- « Oh mais qui c’est qui fait ça ? »

- « Bah, c’est teknival ! »

- « Ah, bah ouais, et on est tous télépathes ? »

- « Non, pas ceux de l’Amour, là-bas. Ils savent pas qu’on est télépathe, et il ne faut pas leur dire, c’est plus marrant ».

A partir de là, je ne sais plus qui pense. Est-ce moi qui ai pensé cela ou est-ce eux qui m’ont dit ça, tout devient trouble.

Si je viens ? Je danse et je ne sens plus mon corps, j’ai une sensation bizarre, une sorte de picotement aux bouts des doigts, surtout aux index.

- « Moi aussi, c’est marrant »

Et moi je réponds :

- « Oui, c’est marrant »

Alors que je ne trouve pas ça marrant. Je trouve ça bizarre et je me sens de plus en plus mal à l’aise. Je réalise alors qu’ils sont rentrés dans mes pensées que je contrôle alors difficilement.

- « Allez, viens »

- « Non, je ne sais pas »

Désormais, je sais. Ca peut être dangereux pour moi, maintenant que je sais tout ça, ils ne vont pas encore me laisser repartir. C’est mal, je suis en train de faire quelque chose de mal. Non je ne veux pas venir, je suis fou, ça y est je suis fou, comment ça se fait que je suis fou ?

Je devais choisir : l’Amour, territoire déjà exploité selon eux, ou les teknivals : la technologie, le futur. Ils veulent me faire renoncer à l’Amour, je ne suis pas prêt à abandonner l’Amour.

- « Alors, on est ennemis, nous et l’Amour on ne s’entend pas trop »

Moi :

- « ah oui, c’est normal, je viendrai une autre fois »

Merde, qu’est-ce que je fais, je vais être obligé de les combattre. J’en vois plusieurs qui me regardent, qu’est-ce que je vais faire ?.

Je ramasse mes affaires. Je décide de nager dans la mer puisque c’est l’Amour jusqu’à un endroit sauf, jusqu’au bateau que je vois au loin. Mon treillis et mes baskets m’empêchent de nager, je les enlève, je nage quelques mètres et je réalise que le bateau est beaucoup trop loin. Je dérive un peu en me répétant sans cesse que je suis fou, complètement fou.

J’ai découvert le secret de l’univers : c’est la folie.

J’arrive sur la berge un peu plus loin que le tekos et je m’en éloigne ; le soleil se lève, la lune n’est pas encore couchée, Je me mets à chanter « Le soleil a rendez-vous avec la lune » ; je ressens un Amour profond et immense...

Je vois un ange et je lui demande ce qu’est l’Amour parce que là j’étais vraiment paumé. Il m’a expliqué que l’Amour, c’est la Force de l’Homme. Il m’explique qu’il est important d’écouter son coeur. 

J’étais tout en panique, 

J’avais sur mon dos toute la responsabilité de l’avenir de l’humanité (rien que ça !). 

J’ai pleuré.

« L’Histoire se répète » m’a-t-il dit. Au premier abord, j’ai trouvé ça vraiment pas cool et après coup je me suis dis pourquoi pas. Pour m’en sortir et sauver les Hommes, je devais chercher quelqu’un : Jules César Conquérant que je devais retrouver au teknival.

Je suis parti pour essayer de retrouver le teknival et j’ai marché pieds nus, pendant deux jours et une nuit sans manger ni dormir dans les collines, les vignes, les bois et sur la route. Je n’ai pas retrouvé le teknival, je suis allé à Narbonne puis je suis retourné à pied à Gruissan et la nuit venue, je ne voulais plus retourner au teknival, j’avais peur. Je ne sais pas comment j’ai réussi à prendre un train pour Paris, direction les urgences, Hôpital Saint Antoine. Un mois d’hôpital psychiatrique. C’est un jeu défendu, mais on ne s’en rend compte qu’après : « le jeu du ciel et de l’enfer ».


Je réalisais plus tard que je vivais la plus vieille histoire du monde. L’histoire de l’humanité toute entière.

En effet, renoncer à l’amour et accepter le « trip », c’était croquer dans la pomme que le serpent me proposait. C’était tomber dans le péché originel. 

Parce que nous avons le choix ; l’Homme a toujours le choix, le choix entre le bien et le mal, l’amour et la haine, le ciel et l’enfer. 

Après plusieurs épreuves, j’avais découvert le chemin de l’Amour. 

L’Amour est alors LE POINT DE RENCONTRE EN CAS DE NAUFRAGE.


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Matthieu Luneau

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